L’école Camondo et sa pédagogie ont évolué dans le même temps que se construisaient les métiers d’architecte d’intérieur designer.
1944-2026, chronologie commentée des directions de l’école Camondo
1944, le Centre d’art et de techniques est inauguré par le comte de Ganay, René Prou et Stéphane Boudin, tous les 3 membres du Conseil d’administration de l’Union centrale des arts décoratifs (UCAD), sans locaux hormis le domicile de de Ganay et celui du professeur d’histoire de l’art Alfred Marie.
Lire Manon Kalbez: Alfred Marie (1887-1981), Ou 25 ans d’Histoire de l’Art au Centre d’Art et de Techniques et Contribution pour une histoire de l’école Camondo #014: Dans le contexte historique de la fin de la seconde guerre mondiale, quelles hypothèses pour répondre à la question des motivations des initiateurs du Centre d’art et de techniques (CAT) pour créer à Paris une nouvelle école d’arts appliqués ?
René Prou et les enseignants de cette école technique nouvellement créée arrivent tous de l’école nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad), avec 6 de leurs élèves, dont Bernard Durussel, Michel Arnoult et Geneviève Pons, pour un « cours de perfectionnement » en 2 ans.
Cette première équipe enseignante attend l’ami de René Prou, Pierre Lardin, alors emprisonné dans un camp de déportation pour officiers réfractaires au travail en Pologne.
Pierre Lardin prendra la direction de l’école aussitôt après sa libération, à la rentrée d’octobre 1945.
Lire Contribution pour une histoire de l’école #016: Contribution pour l’établissement d’une biographie de Pierre Lardin (1902-1982).
Dominique Lardin, son fils, déjà enseignant au Centre d’art et de techniques, prend la direction à la rentrée de septembre 1959.
Pierre Lardin aura fait passer le cursus de 2 à 3 ans, et inauguré une double pédagogie, l’une dite « de style », l’autre « contemporaine », où la formation technique de construction de meubles tient une place importante.
Dominique Lardin semble avoir suivi les pas de son père sans grands changements, on retrouve la même équipe enseignante, avec quelques nouveaux entrants, en 1962, que celle déjà présente en 1945.
1962 voit l’arrivée de Henri Malvaux, qui va s’efforcer de développer l’école, qui se dénomme toujours « Centre d’art et de techniques », vers un enseignement visant à former des concepteurs plutôt que des techniciens.
C’est sous sa direction que le cursus passe à 5 ans, que dès 1966, les cours dits « contemporains » sont dénommés cours d’architecture intérieure, et que des cours de « création de modèles » font dorénavant partie du projet pédagogique.
L’impulsion de Malvaux se vérifie aussi avec l’arrivée de nouveaux enseignants, par l’inauguration de cours de sociologie, de création de vêtements, des partenariats de plus en plus nombreux et divers, l’école Camondo entre avec lui dans la cour des grands, avec ce qui fera désormais sa spécificité: une double formation d’architecte d’intérieur designer.
Lire Alexis Markovics: La profession d’architecte d’intérieur: une histoire parallèle et consulter l’intervention d’Alexis Markovics et Bertrand Ehrhart au colloque « Pour une histoire culturelle du décorateur de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XXe siècle » organisé par l’INHA: Du perfectionnement des artistes décorateurs à la profession d’architecte d’intérieur.
Toujours sous la tutelle de l’Union centrale des arts décoratifs, l’école Camondo est progressivement reconnue par l’académie, puis par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Le successeur de Malvaux est l’ami Roger Fatus, enseignant en architecture intérieure à l’école depuis 1970, qui prend la direction de l’école, toujours au musée Nissim de Camondo, à la rentrée 1982.
Henri Malvaux avait initié une politique d’archivage des projets pédagogiques et des dossiers administratifs, Roger Fatus rendra cela systématique, les milliers de diapositives de rendus de projets de design et d’architecture intérieure que nous conservons en témoignent.
Roger Fatus est aussi l’un des artisans, avec notamment Robert Bordaz, président de l’Ucad et de l’école spéciale d’architecture (ESA), du déménagement au 266 boulevard Raspail de l’école Camondo.
La Contribution pour une histoire de l’école Camondo #040 rappelle le contexte, en 1987-1988, de ce qui était alors présenté par la presse spécialisée comme l’extension de l’Esa, où l’école Camondo viendra fusionner avec l’école de la rue Beethoven, autre émanation de l’Ucad.
Lire Contribution pour une histoire de l’école Camondo #040, et la visite du site Monceau dans la Contribution #025 et l’article L’école de la rue Beethoven, 1897-1991.
Roger Fatus accompagne l’école jusqu’au bout de son installation boulevard Raspail, lui succède Philippe Boisselier à la rentrée 1989.
Avec Boisselier, un certain virage est pris dans les objectifs pédagogiques, avec un développement du design à Camondo.
Le débat est alors permanent entre enseignants, la question de réorienter le projet d’école se pose, où le « design d’espace » apparaît notamment dans les écoles d’arts appliqués parisiennes, Boulle, Olivier de Serre, Ensad, mais l’architecture intérieure, dans ses dimensions « de la petite cuillère à la ville » s’impose à Camondo avec la formation d’un triumvirat Boisselier-Courtecuisse-Averland à sa tête en 1992.
L’année scolaire 1992-1993 voit les trois personnalités s’entendre pour diriger ensemble l’école, puis un duo avec, toujours, Claude Courtecuisse, plasticien designer, et Dominique Averland, architecte designer.
Françoise Jollant, personnalité bien connue du monde du design en France, arrive à la tête de l’école en 1994.
C’est la première fois que la direction de l’école Camondo n’est pas tenue par un enseignant de l’école. Avec Françoise Jollant, l’enseignement du design se renforce encore, toujours dans un équilibre avec l’architecture intérieure. Lui succèdera en 1999 Patrick Lamarque.
La rentrée 2000 voit le retour de la prédominance de l’architecture intérieure dans le projet d’école, avec l’arrivée à sa direction de Pascale Boulard, architecte d’intérieur, ancienne élève promotion 1978, enseignante à l’école depuis 1979.
Au début des années 2000, l’école Camondo connaît une crise économique, reçoit le soutien du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, et s’engage à rendre compte de la qualité de son enseignement auprès des instances de l’État, et à suivre les directives européennes (LMD), qui mèneront à la reconnaissance du diplôme au plus haut niveau, 15 ans plus tard.
Sous la direction de René-Jacques Mayer, arrivé en 2015, l’école se dédouble et se déploie à Toulon, en 2019.
Margaret Iragui, déjà enseignante à l’école, et précédemment à la tête du cycle préparatoire, prend la direction de l’école Camondo Méditerranée dès sa création.
Sous la direction de René-Jacques Mayer, des activités de recherche, colloques, séminaires, journées d’étude voient le jour à l’école Camondo, un poste de responsable de la recherche est créé, ce qui répond à l’un des critères essentiels pour la reconnaissance du diplôme.
Michèle Dard lui succède (2022-2025), remplacée par Karine Duringer pour une direction de transition, avant l’arrivée de Saran Diakité Kaba, ce 11 mai 2026.
Retrouvez les articles contribuant à la construction d’une histoire de l’école Camondo, ça vous fera du bien de lire un petit peu.