L’école de la rue Beethoven, 1897-1991

Par écrit et sans bafouillement, reprise des infos données lors de l'intervention sur l'école Beethoven, au séminaire Pédagogie & Transmission du 18 mars 2022

Publié par Bertrand Ehrhart31 mars 2022

D’un Comité, d’une pédagogie, et de 318 boîtes d’archives

Le projet pédagogique de l’Union centrale des arts décoratifs (UCAD) est fondateur de l’institution, comme le furent la bibliothèque et le musée.

années 1960

Cours de dessin, album années 1960, école de la rue Beethoven. Archives du Mad, récolement écoles 317

Ce projet pédagogique est multiple, puisque pas moins de 4 écoles d’arts appliqués ont coexisté au sein de l’UCAD, à la fin des années 1980 : l’école Camondo, le Centre des arts du livre et de l’estampe (CALE), les Ateliers du Carrousel, et, enfin, l’école supérieure de communication visuelle (ESCV).

Cette dernière citée a vu son nom évoluer avec sa pédagogie, nous avons consulté les archives de la bibliothèque du Mad et de l’école Camondo, pour identifier les sources à même de contribuer à la construction de son histoire :

Avant de se dénommer « Ecole supérieure de communication visuelle » (et de disparaître, en 1991), cette école s’est appelée successivement « Cours d’art décoratif » (1897), « Ecole et ateliers d’art du Comité des dames » (1909), « Ecole et atelier d’art pour jeunes filles » (1924) mais on l’appelait alors couramment « Ecole de la rue Beethoven » au 6 de la rue du même nom, puis successivement « Ecole de communication visuelle » (ECV), « Ecole supérieure de communication visuelle » (ESCV), « Ecole Raspail de communication visuelle » et, à nouveau mais brièvement « Ecole supérieure de communication visuelle ».

Affiche Raspail

Affiche pour la rentrée de septembre 1987. L’école a perdu son « S » pour « Supérieure », remplacé par le « R » de Raspail

On se propose de poursuivre ici, dans la chronologie, l’histoire de l’école de la rue Beethoven, pour prendre la suite du travail de Nathanaëlle Vimar-Tressol présenté dans le cadre du séminaire Pédagogie & Transmission au sein de l’UCAD : Les élèves et les enseignants des écoles de l’UCAD de la fin du XIXe siècle à nos jours : faire parler les archives, et du travail de la bibliothèque du Mad, par les voix d’Elise Kerschenbaum, Amélie Tharaud et Guillemette Delaporte : La formation artistique des femmes au sein de l’Union centrale des arts décoratifs (1892-1925).

Les années 1980

Le 254-266 boulevard Raspail

Nous proposons ici de modifier le sous-titre de l’intitulé du séminaire « une bibliothèque, un musée, des écoles ».

L’Union centrale des arts décoratifs (UCAD) a connu et connaît plusieurs écoles, aujourd’hui les Ateliers du Carrousel, fondés en 1953, et l’école Camondo en 1944.

Lorsque l’école Camondo déménage de l’hôtel particulier Nissim de Camondo, dans le 8e arrondissement, pour s’installer dans ses actuels locaux du boulevard Raspail à Paris dans le 14e arrondissement en 1988, on assiste à un bouleversement de l’écosystème de l’enseignement à l’UCAD :

L’Union Centrale des Arts Décoratifs compte alors 4 écoles : les deux déjà citées, mais aussi l’école Beethoven, dite alors Ecole supérieure de communication visuelle (ESCV), et l’école de reliure, dite alors Centre des arts du livre et de l’estampe (CALE).

En 1988, le CALE s’installe rue de Monceau, investissant une partie des espaces jusque-là occupés par l’école Camondo, et l’ESCV s’installe boulevard Raspail, pour compléter l’ambitieux projet de Bauhaus à la française voulu par Robert Bordaz, président de l’Union Centrale des Arts Décoratifs (UCAD) et de l’Ecole spéciale d’architecture (ESA), école déjà située boulevard Raspail, pour laquelle ce projet est une extension.

école Camondo

Conférence de presse 266 boulevard Raspail Paris 14, septembre 1988

Au 254-266 boulevard Raspail, seront enseignés l’urbanisme et l’architecture avec l’ESA, l’architecture intérieure et le design avec l’école Camondo, le graphisme et la communication visuelle avec l’ESCV.

Camondo Raspail ECV

Un Bauhaus dans le 14e arrondissement

Pourtant, en 1991, le Conseil d’administration de l’UCAD décide la fermeture de l’ESCV, signant la fin d’une école née en 1897 . Le CALE, lui, prendra une partie des locaux occupés jusque-là par l’école Camondo, rue de Monceau, et perdurera jusqu’en 2006.

Durant les dernières années de l’école, à partir du moment où le projet Raspail est engagé, l’école est malmenée :

En 1989, tandis qu’un contrôle de conformité du bâtiment du 266 boulevard Raspail provoque un « Acte d’opposition » préfectoral, on apprend par la voix du préfet que l’école a à nouveau changé de nom, et qu’il s’agit maintenant d’un « Institut supérieur de communication visuelle » (ISCV), réduit dans la foulée à un  » Institut de communication visuelle  » (ICV).

Institut de communication visuelle

La création de l’ICV, qui ne perdurera pas, est bien dans le style Bordaz, qui déjà avec le CCI avait initié une institution publique nationale ambitieuse. L’idée pour lui était de refaire le coup du CCI, pour le graphisme. On parle d’une époque où l’UCAD se trouvait régulièrement tête de pont de projets culturels nationaux et novateurs.

Or, à la rentrée de septembre 1988, l’école venait de changer de nom, la plaquette promotionnelle des trois écoles du campus Raspail la présentant comme « L’école supérieure de communication visuelle » (ESCV).

Exactement un an plus tôt, en septembre 1987, pour l’inauguration du nouveau bâtiment, on l’avait appelée « L’école Raspail de communication visuelle » (ERCV). En septembre 1986, pourtant, elle s’appelait ESCV.

Ces problèmes d’identité sont contemporains, et sans doute symptomatiques, d’un projet pédagogique qui s’était soit perdu au cours des années, soit soumis à polémiques, ce que nous verrons plus loin.

Il faut dire que le projet du campus Raspail prend un coup dans l’aile avec le départ, en 1989, du président de l’ESA, qui se trouvait être également président de l’UCAD, Robert Bordaz, sans compter un autre départ, un peu plus tôt, en 1985, celui de François Mathey, conservateur en chef de l’UCAD depuis 1967. Les documents de communication des trois écoles témoignent de tâtonnements qui précèdent l’abandon pur et simple du projet.

Renée Roose-Toupet, directrice de l’école de communication visuelle (ECV), Roger Fatus, directeur de l’école Camondo, Chilpéric de Boiscuiller, directeur de l’école spéciale d’architecture (ESA), Robert Bordaz, directeur général de l’Union centrale des arts décoratifs (UCAD)

Le travail d’analyse des archives, et de contribution pour une histoire de l’école de la rue Beethoven s’est organisé comme suit :

  • Tout d’abord, nous avons choisi d’exclure de nos investigations la branche des métiers d’art du livre, qui certes contribua grandement à la bonne image de cette école dans son histoire, pour nous intéresser seulement au programme Art Décoratif de sa pédagogie. Les raisons de ce choix trouveront leurs explications développées plus loin.
  • Examen des boîtes d’archives avec renseignement quant à leur contenu dans un tableur
  • Numérisation partielle de documents administratifs et photographiques. Formats décrits dans un tableur dédié
  • Examen des archives de l’école Camondo, avec renseignement quant à leur contenu, avec Manon Kalbez, merci Manon Kalbez, et en compagnie de Nathanaëlle Tressol
  • Numérisation systématique des documents de certaines boîtes. Formats décrits dans un tableur spécifique
  • Etablissement de listes des directrices et directeurs de l’école, des enseignants, et des élèves

Merci à Marie Dion, Karine Bomel et Mario Nonza pour leur disponibilité

Les années 1970

Les documents administratifs aux archives du Mad pour les écoles permettent d’observer que les cours d’architecture intérieure, alors regroupés avec la création de mobilier, sous l’appellation « Cours d’art décoratif », sont apparus dès les années 1920.

L’architecture intérieure disparaît du programme pédagogique de l’école au tournant de l’année scolaire 1971-1972, avant de revenir dans la formation avec l’arrivée de Renée Roose-Toupet à la direction, en 1974

Une école en sursis, 1971-1973

Au début des années 1970, l’existence-même de l’école est mise en question. Plusieurs raisons sont avancées et argumentées par un certain Henri Malvaux, dans un projet de rapport sur la situation des écoles de l’Union centrale des arts décoratifs (UCAD), qu’il rédige en 1971 à l’attention d’André Conquet, président de la commission « écoles » du Conseil d’administration de l’UCAD. Conquet lui-même produit son rapport, à destination du Conseil d’administration qui reprend les termes de Malvaux, en janvier 1972.

Extrait :

(…) Il n’était peut-être pas souhaitable, dans le cadre d’une politique cohérente d’enseignement de l’Union Centrale, d’enseigner l’architecture intérieure dans deux écoles (…)

C’est donc l’architecture intérieure qui est remise en cause, comme si les deux écoles étaient considérées comme concurrentes. Dans le rapport, cependant, l’état du bâtiment de la rue Beethoven est pointé, pour dire qu’il ne serait plus possible d’y enseigner, pour des questions d’inadaptabilité à la pédagogie, ainsi que pour des questions de sécurité. Cependant, dans son rapport pour Conquet, Malvaux rappelle que, de son côté, l’école Camondo manque de place, et pourrait installer une partie de ses ateliers rue Beethoven !

1971-1972

Document archives écoles du Mad, 1972, liste des cours par année : première année barrée (censée disparaître selon la décision du Conseil d’administration, la fermeture de l’école est programmée). En face du nom de R. Roose-Toupet, la mention « architecture intérieure », qu’elle enseigne en 3e année, est affublée d’un point d’interrogation. Idem en 4e année pour le cours d’architecture intérieure, jusqu’alors dispensé par Jean-René Caillette et Michel Mortier !

Le retour de l’architecture intérieure rue Beethoven aura lieu en 1974, avec l’arrivée de Renée Roose-Toupet à la direction pédagogique, qui succède alors à Simone Lemoine

Le sauvetage de l’école se fera, peut-être entre autres raisons, mais au moins en partie par une action coordonnée de parents d’élèves : une pétition accompagnée d’une lettre du 6 juillet 1971, adressée à la présidence de l’UCAD, en la personne de Claudius Petit, dans laquelle l’association des parents d’élèves de l’école Beethoven argumente et proteste contre la fermeture de l’école, annoncée le 28 juin 1971 par une note signée André Conquet adressée au général Chabot, président de l’association de parents.

Extrait :

(…) confirme la décision de fermeture : arrêt de recrutement, schéma de scolarité comportant cessation de l’enseignement de l’architecture intérieure en 1973, de la publicité et de la reliure en 1974.

Les parents refusent d’accepter une décision prise par le seul bureau de l’UCAD, lorsque statutairement c’est au Conseil d’administration dans son entier de prendre ce type de décision. La lettre de l’association de parents d’élèves s’achève par une menace masquée, qui prend la forme d’une liste des membres du Conseil d’administration dont le mandat a pris fin, et, au moins, aurait dû être renouvelé. Cette situation rendant impossible le droit de vote en assemblée de ces membres nommés, parmi lesquels Claudius-Petit lui-même, mais aussi Conquet, Laprade, 19 personnes en tout, non des moindres, et en réalité la grande majorité des membres du Conseil !

1971-1972

Document de travail annoté par Simone Lemoine, en 1972, pour envisager la réorientation des élèves de l’école, à mesure de sa fermeture progressive programmée. « Architecture intérieure abondonnée progressivement, les élèves n’ayant plus qu’une orientation possible en raison de l’option prise au 2e semestre 1971-1972 »

Après la mobilisation des parents, le Conseil d’administration renoncera à la fermeture, au contraire l’école poursuivra ses enseignements, non sans qu’une importante cohorte d’enseignants ne partent entre-temps, et que d’autres ne les remplacent. Il est intéressant (pour nous, ici !) de constater qu’à ce moment-là, deux enseignants de l’école Camondo sont embauchés rue Beethoven : Claude Prévost, enseignant en perspective, et Laurent Monod, très proche d’Henri Malvaud, enseignant le dessin et la morphostructure. Tous deux enseigneront dans les deux écoles, un cours qui semble similaire, de 1971 à 1978. Deux autres enseignants communs aux deux écoles y enseignaient déjà, Yves Dugelay, enseignant en dessin depuis 1964, qui exercera jusqu’en 1980, et Franette Fermigier, de 1969 à 1973, dont l’enseignement est intitulé « cours de tissu ».

Dès la rentrée 1972, le programme pédagogique qui prévalait avant cette crise est rétabli, la question financière et de modèle économique, qui avait été, forcément, un problème pour le Conseil d’administration de l’UCAD, trouvera une réponse au moins partielle par la mixité, qui signe la fin de l’école longtemps dite de jeunes filles.

1974, programme des cours, où l’on retrouve l’architecture intérieure, enseignée par Renée Roose-Toupet

On voit sur le document ci-dessus que l’enseignement, rue Beethoven, est dispensé en deux sections : A et B.

Si dès la création de l’école, les arts du livre sont fondateurs du projet pédagogique, assez vite, c’est-à-dire à l’issue de la première guerre modiale, l’école, dite alors « d’art décoratif » – qui portait cet intitulé dès 1897 (Voir le compte-rendu de la communication de Nathanaelle Tressol, 5 février 2021 : Formation artistique des femmes à l’Union Centrale des Arts Décoratifs : les débuts de l’école d’art (1897-1908) 1/3) -, passe d’un enseignement en ateliers de métiers d’art et d’arts plastiques, à une dimension ensemblière.

Le projet n’est pas le même, puisque la section B prépare au CAP de reliure-dorure, en 3 ans, puis, à partir des années 1970, à un diplôme supérieur des métiers du livre, en 4 ans, accueillant des élèves « à la carte », et proposant un cursus autant professionnalisant pour les plus assidues, que s’apparentant au loisirs, pour d’autres.

La section A prépare au « diplôme de l’école de l’Union Centrale des Arts Décoratifs », en 4 ans.

Les élèves ne sont pas les mêmes, chaque section a sa direction, les deux directeurs artistiques (en réalité directeurs pédagogiques) cohabitant avec une direction générale.

Les étudiantes (et étudiants à partir de 1972) de la section A se doivent de suivre jusqu’au bout les 4 années, et reçoivent, ou non, le diplôme de l’UCAD sus nommé, avec une spécialité : « Ameublement », « Publicité », parfois les deux, ainsi que d’éventuels prix d’excellence en sculpture ou en modelage, par exemple.

Dès le début du XXe siècle, les deux écoles étaient distinctes, et fonctionnaient déjà en autonomie. Les archives « Récolement écoles » de la bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs à Paris recèlent quantité de documents pédagogiques, administratifs, et de travaux d’étudiants de la section B, qui allait devenir le Centre des arts du livre et de l’estampe. Nous avons exclu de nos sondages archivistiques ces richesses, qui restent à exploiter !

Les années 1960

Danièle Dubosc, diplômée en 1967

Danièle Dubosc

Carte d’étudiante de Danièle Dubosc, récolement écoles, dossier d’étudiante, archives du Mad, don Alain Brel, 2021

Pour cette histoire, encore très largement à construire, de l’école de la rue Beethoven, le contact direct, par interviews, d’actrices ou d’acteurs des dernières années d’existence de l’école pourrait compléter le travail sur les archives. Mais aussi, tandis que, pour la section des arts et métiers du livre, de nombreux travaux d’étudiantes sont conservés aux archives du Mad, contrairement aux travaux des étudiantes de la section Art décoratif, la quête d’archives privées, d’anciennes étudiantes ou conservées par leurs familles, est à développer.

Danièle Dubosc

Classe de 4e année, diplôme 1967, Danièle Dubosc est la première en bas à gauche

Les archives personnelles de Danièle Dubosc ont fait l’objet d’un don de son époux, Alain Brel, en 2021, aux archives du Mad.

Ces archives sont constituées de bulletins et autres documents administratifs scolaires, mais aussi et surtout de ses travaux d’étudiante, de cahiers de prises de notes durant les cours d’histoire de l’art ou de technologie, de carnets de croquis, etc, le tout complété par quelques réalisations professionnelles, issues de son exercice de graphiste en agences de publicité, après son diplôme. Ces archives restent à exploiter systématiquement, qui permettront de restituer une pédagogie, à travers le point de vue d’une élève, de 1963 à 1967.

Danièle Dubosc est diplômée 1967 en art décoratif, spécialité publicité.

Cette élève est emblématique de la période des années 1960, où le graphisme devient prépondérant dans la formation, qui fait désormais, pour une part croissante, la réputation de l’école de la rue Beethoven, pour sa section Art décoratif.

1965

Projet de carton d’invitation à l’exposition des travaux d’élèves, juin 1965, fonds Danièle Dubosc, archives récolement écoles du Mad

Le projet de carton d’invitation ci-dessus liste un programme pédagogique trompeur : On peut lire « Dessin », « Art graphique », « Mode », « Illustration », « Reliure », « Ameublement » et « Dorure ».

Trompeur parce que le cours d’ameublement, depuis les années 1920, correspond en fait au programme d’ensemblier, initié par Henri Rapin, ce qui sera développé plus loin.

Cette appellation fait écho au programme pédagogique de l’école Camondo, à la même époque, qui dispensait un cours de dessin de meuble, qui tantôt formait techniquement (CAP) à la conception et au dessin de mobilier de style, tantôt s’apparentait à la formation plus globale et complète d’ensemblier-créateur de modèles.

Cahier d’études en communication visuelle, fonds Danièle Dubosc, archives récolement écoles du Mad

Les documents du fonds Danièle Dubosc révèlent que le stand et la technique du rough étaient enseignés dans les années 1960 rue Beethoven.

Les rapports que l’école doit renseigner pour l’académie figurent aux archives, où les métiers exercés par les anciennes étudiantes sont listés. On y trouve singulièrement la spécialité du décor de télévision à l’ORTF, à l’instar du devenir de certains élèves de l’école Camondo à la même époque.

Les années 1950

Les fonds d’archives Récolement écoles du Mad contiennent de très nombreuses photographies, encore à explorer. Un travail d’identification des élèves et enseignants reste à entreprendre, entre autres tâches en vue d’une restitution de l’histoire de cette école :

1959-1960

Cours de dessin en 4e année, année scolaire 1959-1960

années 1950

Cours de dessin (modèle vivant ?) années 1950

1949

1949, bureau de la direction de l’école de la rue Beethoven : Assise, Andrée Langrand, derrière elle Simone Lemoine. Une annotation au verso indique que Mme Maréchal, comptable, est également présente sur le cliché.

Les années 1940

L’année 1949 est importante, notamment parce que, et cela fut sans doute le cas de l’ensemble des écoles d’enseignement technique en France, qui passaient, pour beaucoup, d’un statut municipal à une reconnaissance ministérielle, et qui allaient bien plus tard devenir écoles d’enseignement supérieur d’arts appliqués, à l’instar de l’école Camondo, importante en raison d’une probable campagne systématique de contrôle et d’enregistrement ministériel et académique : on retrouve, sur les documents administratifs, l’information selon laquelle l’école est officiellement reconnue par l’Etat depuis 1949.

1945

Mars 1945, fonds photographique, archives du Mad

En plus des centaines de boîtes d’archives dont il faudra s’emparer, le fonds photographique du Mad possède d’autres trésors. Une boîte « mars 1945 » du fonds renferme un ensemble qui semble être le résultat d’une campagne sur commande, puisque le reportage est systématique : les élèves et enseignants posent en situation de cours. La photographie ci-dessus montre, derrière ce qui semble être un cours de dessin, avec son professeur chapeauté, une fresque illustrant la libération, croix de Lorraine, barricades etc.

Cette série de photographies intéressent fort l’école Camondo, créée en 1944, et dont la question de pose encore du pourquoi de sa création, puisque l’école de la rue Beethoven semblait très active, que son directeur artistique (pourtant à l’origine du Centre d’art et de techniques – école Camondo) était René Prou, et que la formation en « art décoratif » semblait déjà répondre à la demande des agences d’architectes décorateurs et autres ensembliers.

Lorsqu’on voit ci-dessous ce projet d’étudiante, en 1945, proposer un géométral avec un rendu en perspective résolument moderniste dans sa facture comme dans la typologie architecturale retenue, qui par surcroît anticipe les besoins de la Reconstruction : « Décoration d’un logement économique et familial », cette question s’épaissit encore.

1945

Projet d’étudiante, mars 1945 : Décoration d’un logement économique et familial

Si l’on examine la situation de l’UCAD pendant les années de guerre, du point de vue de son projet pédagogique, on peut légitimement se demander dans quel état se trouvait l’école de la rue Beethoven.

Les enseignants étaient-ils réquisitionnés ou combattants ? L’école avait-elle fermé partiellement ou complètement ?

La question se pose, notamment, de savoir si un état sinistré par les effets de la guerre, a pu motiver la création, ex nihilo, en 1944, d’une nouvelle école, le Centre d’art et de techniques, qui, pour la formation en art décoratif, semble faire quasi doublon avec ce qu’on appelait couramment l’école de l’Union Centrale.

Les archives Récolement écoles de l’UCAD de la bibliothèque du Mad révèlent, au contraire, dans des cahiers dûment renseignés, des remises de diplômes tout au long de ces années de guerre :

1944

Registre des diplômes, année 1944 : Remise des diplômes de la 2ème session 1944, sous la présidence du Comte de Ganay

1942-1943

Remise des diplômes 1942-1943 le 5 juillet 1943

1941

« Remise des diplômes 1941 le 11 février 1942, sous la présidence de monsieur François Carnot, en présence de monsieur René Prou, directeur artistique, et des professeurs »

On constate d’une part que l’école de la rue Beethoven poursuit sa mission pédagogique, et d’autre part que ses protagonistes les plus éminents, le Comte de Ganay, alors président de la commission bibliothèque et enseignement du Conseil d’administration de l’UCAD, et René Prou, sont à l’origine du Centre d’art et de techniques (CAT) – école Camondo.

Le mystère du pourquoi une nouvelle école s’épaissit encore.

Rue Beethoven, les cours étaient réservés aux jeunes filles. Ont-ils voulu une école de garçons ? L’argument ne tient pas, dans la mesure où les recrues étudiantes des premières années d’existence de Camondo, à partir de 1944, sont pour l’essentiel du genre féminin, les garçons étant, comme certains de leurs professeurs, retenus par le STO, ou aux combat, dixit Geneviève Pons, diplômée 1946 du CAT.

On sait qu’Andrée Langrand, directrice, fut retenue en Alsace à la fin de l’année 1939, et que l’école dut fermer durant l’année scolaire 1939-1940. Mais dès la rentrée 1940, l’école rouvre joyeusement :

1940

Brochure de rentrée pour septembre 1940

Les années 1930

Les registres des diplômes, très complets, de 1928 aux années 1950, aux archives du Mad, permettront, à qui voudra s’en emparer, de constituer une liste des diplômées de cette école.

Le temps nous ayant manqué pour avancer ce type de chantier, nous avons exhumé des boîtes d’archives quelques documents emblématiques, qui montrent la diversité des sources pour avancer sur une histoire de l’école de la rue Beethoven, et leur richesse :

Diplôme 1930 de la section « professionnelle » (reliure). On reconnaît les signatures du président de l’UCAD, Carnot, du directeur Rapin, du directeur artistique Prou, et de la présidente du Comité des Dames, Mme de Ganay

1931

Atelier de tissage 1931

1931

Affiche produite par une élève du cours de publicité, en 1931. La publicité, qu’on appellerait aujourd’hui « communication visuelle » ou « graphisme » est introduite au programme pédagogique par René Prou à son arrivée en 1928

années 1930

Caricatures d’enseignants, années 1930, on reconnaît Rapin au centre et Andrée Langrand en bas à droite

Années 1930

Rendu de projet en cours d’ameublement, années 1930. La typologie du projet comme le choix des matériaux et du point de vue de la perspective font montre d’une modernité affirmée.

Années 1930

Les sujets et rendus perspective des années 1930 rue Beethoven font écho au Cours d’art et de techniques de René Prou, et sont dans la continuité des intérieurs modernes, très « Salon des artistes décorateurs » des années 1920

1929

Conseil pédagogique, 1929. Autre type de document très riche en renseignements sur le contenu des programmes pédagogiques

1928

1928, année de l’arrivée de René Prou, qui enseignait déjà en 1926, à la direction artistique de l’école d’art décoratif. Campagne de communication, chacun des cours fait l’objet d’une photographie grand format

1925

Promotion 1925. 259 élèves cette année-là

1925
1925

Stands des travaux d’élèves à l’exposition internationale des arts décoratifs, 1925, au Grand Palais, dessinés par Henri Rapin, avec les élèves

Années 1960

6 rue Beethoven, 1924-1987

La boîte d’archives « Recolement_ecoles_317 révèle, dans un dossier « sculpture », un formulaire de commande, par une certaine Mme Neverlée, commanditaire, pour l’exposition de 1925, de mobilier. On y apprend que les stands d’exposition sont conçus par Rapin, et que le mobilier est réalisé par les élèves de l’école : une grille en fer forgé ainsi qu’un modèle de velum, réalisés par une certaine « Ch. Perriand », qui est rémunérée 200 frcs. Un autre document (facture) mentionne une affiche promotionnelle pour l’école, dont les « lettres à la main » sont réalisées par Charlotte Perriand, toujours pour l’exposition de 1925.

Henri Rapin

Henri Rapin, directeur artistique de 1918 à 1928

René Prou

René Prou, directeur artistique de 1928 à 1947

Andrée Langrand

Andrée Langrand, directrice de 1919 à 1939, et de 1945 à 1960

Et après ?

Pas de conclusion proprement dite pour ce passage en revue forcément trop rapide, seulement l’ambition d’attirer chercheuses, chercheurs, aux archives du Mad.

Dire qu’il reste beaucoup à faire pour construire l’histoire de cette école

Dire aussi la conviction qu’une histoire de la pédagogie des arts appliqués en France reste à construire, même si bien sûr beaucoup de travaux existent, tels ceux de Stéphane Laurent.

Dire enfin que l’école de la rue Beethoven est un sujet potentiel pour thésarde, thésard.

Bibliographie et autres références

 

Directions de l’école de la rue Beethoven

Il y eut parfois 3 directions : une direction qu’on appèlerait aujourd’hui « administrative », une direction artistique, en réalité pédagogique, pour la section Art décoratif, et une autre pour la section Métiers du livre.

  • Andrée Langrand 1919-1939
  • Anna Baumeister 1940-1945
  • Andrée Langrand 1945-1960
  • Simone Lemoine 1960-1974
  • Renée Roose-Toupet 1974-1989
  • Pierre Lère 1989-1990

Directions artistiques

  • Henri Rapin 1918-1928
  • René Prou 1928-1947
  • André Renou 1965-1973

Dans la même thématique

Partager cette page sur :

Le lien a bien été copié !