Introduction
L’échantillon recueilli concerne spécifiquement une partie de l’atelier de 5e année que je dirige. À ce titre, cet échantillon ne peut être totalement représentatif de la production générale de la promotion, mais l’illustre en partie.
Composée en 3 parties, cette présentation critique cherche à faire émerger, au travers des démarches des étudiants, les axes de réflexion qui motivent leur production, soutiennent leur engagement et les rendent singuliers.
À travers cette relecture critique, je propose finalement d’interroger comment « la promotion » de Camondo Toulon peut-elle être source de créativité, à partir de quoi elle établit sa pratique, avec quelles ressources matérielles et immatérielles elle fait projet et avec qui.
Un ancrage territorial fort et ouvert
L’école Camondo Toulon est une antenne récente de l’École des Arts Décoratifs située à Paris.
Sa situation géographique et l’éloignement de sa base lui offrent deux opportunités:
- L’obligation de trouver une place dans l’échiquier de la pensée et du faire dans les disciplines du design et de l’architecture d’intérieur, la contraignant à se construire une singularité.
- L’opportunité, depuis le Sud méditerranéen, d’adopter une forme potentielle d’éclaireur et de médiateur biorégional situé, dans un monde inédit confronté à de multiples crises auxquelles la société va faire face.
Cette situation singulière s’appuie sur une culture artisanale et des savoir-faire ancestraux issus directement des ressources du territoire. Liège, cannage, vannerie, poteries, céramique, faïence, ressources minières, culture de la vigne, pastoralisme, etc. Savoir-faire qui formaient le socle d’une économie littorale et rurale depuis l’Antiquité jusqu’à l’avènement du tourisme et du commerce de masse.
Relégués trop souvent au folklore, ces savoirs-habiter, ces savoir-vivre et ces savoir-être persistent néanmoins et peuvent être une source de créativité située.
Cette culture vernaculaire apporte un éclairage rétro-innovant favorable à une culture de l’économie frugale et régénérative de nos écosystèmes et s’ouvre sur l’horizon méditerranéen, l’Afrique et tous leurs savoir-faire.
L’école Camondo Méditerranée, ancrée dans un terroir créatif, culturel et artisanal singulier, prolonge cet élan vers la découverte, l’échange et l’expérimentation dans les domaines du design, de l’architecture d’intérieur et du mobilier, et des savoir-habiter.
Son ancrage local et ouvert lui donne de nombreuses opportunités et une place de choix dans l’exploration et l’expérimentation, voire la recherche-action, afin de répondre aux multicrises locales et globales pour repenser nos habitabilités terrestres.
Une pédagogie et production situées
Face à cette perspective émancipatrice et expérimentale, et forte de son ancrage territorial et culturel, l’école a vu émerger des approches et projets pédagogiques incarnés par des matérialités et enjeux spécifiques qui interrogent les limites des disciplines de l’espace et de l’objet enseignées au prisme des questions politiques, esthétiques, utilitaires, artisanales, industrielles, sociales et écologiques.
Articulés par la question du soin, de l’attention et de la philosophie du care, plusieurs familles de projets ont émergé cette année 2026.
Composée de deux projets, un sujet libre et un sujet commun, ainsi qu’un mémoire, la dernière année de master invite chaque étudiante et étudiant à démontrer leurs compétences en architecture intérieure et en design, mais aussi à asseoir une expérience de pensée et un engagement critique propres, soutenus souvent par un mémoire dont les thématiques s’avèrent en lien avec le sujet libre.
À quelques exceptions près, sur les 28 étudiants et étudiantes de la promotion André Putman de l’année 2026 et, précisément, pour les 10 étudiantes de mon atelier observées, le traitement des sujets communs souligne une sensibilité et une manière de concevoir individuelle qui résonne avec les autres projets traités par l’étudiante ou l’étudiant, mais aussi son mémoire et sa culture personnelle réenchâssée dans une problématique ancrée et locale pertinente.
Par exemple, le mémoire de Lucille Caille interroge les pratiques et formes de gîtes de montagne en France, alors que son sujet libre développe une nouvelle manière écoresponsable de pratiquer la randonnée afin de permettre une coexistence symbiotique et régénérative entre les hommes, les milieux et le vivant.
Un autre exemple captivant, le sujet libre de Mélanie Vente, qui repose la question de la fabrication de l’objet en série et des expériences que cet objet peut produire dans notre rapport au temps, à l’espace, à la conscience du présent et à ses facultés restauratrices.
Une manière, par son objet, de réenchanter le réel et l’espace dans une production artisanale singulière appelant plusieurs savoir-faire et expériences gestuelles « ritualisées » pour nous redonner le goût du présent au sens propre comme au sens figuré.
Ce sens du présent, instigué par la conception d’objets expérientiels, s’infiltre dans les traitements attentionnés de son sujet commun, porté par un mémoire sur les parcs et jardins publics et les interactions bénéfiques d’une pause longue, stimulée par les bienfaits du règne végétal et son ordonnancement.
On peut aussi souligner le travail de recherche appliquée d’Elsa Blanc, qui interroge la part culturelle dans la conception d’objets du quotidien et la manière de s’asseoir, en même temps qu’elle défriche les dimensions multiculturelles de son identité plurielle.
Ce processus, à la fois intellectuel, de recherche théorique et d’explorations formelles, ouvre des perspectives inattendues sur les manières de concevoir et faire du design aujourd’hui, allant ici jusqu’à la réalisation d’un prototype qui entremêle sa double culture malgache et française, et révèle autant nos manières de vivre que de construire/concevoir/imaginer nos espaces techno-symboliques.
Cette approche métissée et créative, constituée par une recherche théorique portée par un mémoire sur l’identité plurielle, s’incarne également dans le traitement singulier des aménagements intérieurs de son sujet commun et ouvre des perspectives créatives.
Du design de l’objet au design des relations
Vers un certain élargissement du cadre académique de production
Ces familles de projets interrogent nos manières d’habiter et de vivre de manière globale, sociale, politique et poétique. Elles entremêlent de manière itérative expérience et processus plastique et expérience de pensée critique.
Colorés par la singularité des étudiants et leurs origines géographiques, les thématiques abordées sont teintées de touches culturelles et d’un engagement original en prise avec les territoires, les régions et les pays dans lesquels ils ont choisi de réaliser leurs projets.
À mi-chemin entre écrin intérieur, objets, design et échelle architecturale et paysagère, les projets bousculent les habitudes et périmètres de leur incarnation, autant sur le plan spatial qu’immatériel et intellectuel.
Par cette liberté et cette envie de déborder des limites académiques habituelles, c’est tout le champ d’une discipline qui est interrogé, non plus seulement au périmètre de ses savoir-faire, mais aux frontières de ses savoir-être et de ses envies d’agir.
Néanmoins, un souci de maîtrise formelle et matérielle des sujets complexes abordés perpétue les trajectoires du design et de l’architecture, débordant tout de même bien au-delà des contingences intérieures et des objets, historiquement acquises.
Dans l’esprit des fondements de l’École des Arts Décoratifs, initiée au XIXe siècle, les missions et rôles des architectes et designers persistent dans leurs dimensions sociales, utilitaires, productives et esthétiques, mais s’étendent aux questions du vivant et d’une écologie du faire, plus consciente des milieux avec lesquels les projets interagissent.
L’objet et l’espace ne sont plus considérés comme des productions autonomes destinées uniquement à répondre à une fonction ou à une intention esthétique. Ils deviennent des dispositifs capables de produire des relations: entre les individus, les corps, les matières, les lieux, les usages et les milieux.
Cette évolution conduit les étudiants à dépasser les périmètres conventionnels de leur discipline pour explorer les dimensions sociales, politiques, culturelles, écologiques et sensibles du projet.
La matérialité des projets, produit d’une attention aux vivants et non-vivants
Une approche « biorégionale design » voit le jour, avec de nombreuses expérimentations matières, techniques, programmatiques, artisanales, poétiques et politiques.
Terres, algues, cires, fibres, bois deviennent les nouveaux supports et bases de travail des étudiants et étudiantes qui s’aventurent dans des démarches écoresponsables, engagées et sociales, tout en préservant les enjeux plastiques, ergonomiques et utilitaires propres à leur discipline.
On note aussi une forte attention aux gestes, à la matière et à une recherche «d’imperfection» qui fait basculer les projets d’une culture esthétique du design idéalisé et productif à une «esthétique du care pour l’anthropocène» dans l’acception de Maria Grace Salamanca González, instaurant dans cet esprit une forme de production raisonnée, attentive à la gestion des ressources planétaires, aux savoir-être locaux, aux origines complexes des formes et aux interrelations multidimensionnelles qu’elles engagent.
S’ensuit une architecture plus expérientielle, manuelle, matérielle, sensuelle, suggestive, qui résonne avec une certaine culture phénoménologique et joue avec les interactions formes/matières.
L’objet, l’espace, l’architecture intérieure ne sont plus l’imposition de figures idéales pensées ex nihilo, instaurées ici-bas, mais le fruit d’une conception interactive complexe entre lieux, espaces, matières, milieux, savoir-faire situés et ressources.
Une esthétique de l’attention qui intègre et révèle les processus à l’œuvre dans les projets et leurs matérialités et engage avec les utilisateurs des conversations silencieuses.
Initié par la thématique du sujet libre, le care s’étend sous différentes formes dans la majorité des sujets libres des étudiantes, qui proposent de réparer, restaurer ou prendre soin des milieux, des corps ou des êtres dans une préoccupation écosystémique élargie et favorable aux interactions sociales collectives et interpersonnelles et aux expériences sensibles, qu’elles soient gustatives, visuelles, olfactives, kinesthésiques, charnelles ou auditives.
Une envie de partager, de vivre, de toucher, d’interagir, de soigner, de célébrer le présent et de donner du sens à leurs projets constitue la colonne vertébrale de cette promotion Andrée Putman, qui souhaite se démarquer d’une culture cheap et consumériste et cherche à offrir de véritables expériences durables et soutenables, situées et pensées.
Une quête de sens et un engagement créatif responsable
Force est de constater, dans cette promotion, des origines projectuelles singulières issues des cultures personnelles des étudiantes, débordant du champ académique fortement orienté vers une quête de sens et d’altérité, loin d’une culture du luxe ou de la consommation de masse.
Sans exclure une culture plastique, formelle, spatiale et matérielle, les travaux des étudiantes s’ouvrent à d’autres perspectives.
En résumé, sont présentées ici les démarches des étudiantes et les projets de l’atelier qui sont représentatifs d’une forme d’engagement significatif malgré leur échantillonnage limité.
Lucille Caille, diplômée avec les félicitations du jury pour la cohérence globale de son travail, ses recherches mémorielles, ses dessins et l’excellence de ses maquettes, propose de réinventer les refuges de basse montagne face à une recrudescence de la culture de la randonnée et propose un retour en nature symbiotique où coopèrent vivants, milieux et randonneurs.
En plus de ces intérêts écosystémiques, l’inventivité de ses refuges consiste à pouvoir réaliser des types de refuges spécifiques adaptés à chaque situation paysagère, plaine, pente, forêt, relief, à partir d’un composant unique de bois local modulable.
Cette modularité se retrouve dans la conception de mobiliers « universels » adaptés à tous dans l’hôpital René Sabran, afin que les personnes en fauteuils roulants puissent être assises à la même hauteur que les autres.
Elsa Blanc, diplômée avec mention, d’origine malgache et française, a développé une recherche de ligne de mobilier axée sur les questions d’identités plurielles et de métissage.
Cette recherche interroge les composantes culturelles spécifiques qui conditionnent les formes de l’habitat et stimule les imaginaires créatifs autour du lien et du tissage. C’est depuis la culture du tressage et de la coiffure malgaches, comme supports esthétiques et actes de résistance politique, qu’elle trouve ses sources créatives pour explorer cette question centrale de l’origine des formes et des coutumes, jusqu’à la création d’un prototype d’assise qui mêle nage, cordage tressé main et ferronnerie cintrée à chaud.
Une architecture du fil qu’elle décline également dans son projet commun, pour lequel elle réalisera une clairière allusive ménageant, au sein d’un bâtiment réhabilité, des espaces centrés et baignés de lumières zénithales et périphériques propices à l’apaisement des personnes aux corps meurtris et accidentés de l’hôpital.
Mélanie Vente, diplômée avec les félicitations du jury, propose, pour son sujet libre, une expérience du présent par la conception d’objets utiles pour l’infusion de café qui s’organise autour d’un rituel de la préparation.
Elle interroge dans ce projet les limites d’une production d’objets techniques purement fonctionnels et critique cette course effrénée à la consommation et à l’instantanéité permanente.
Dans cette quête du temps long, elle explore à la fois les questions du geste, de la préparation jusqu’à la dégustation et au partage, mais également les gestes qui façonnent, sculptent, cuisent, forment les objets qui serviront cette expérience.
L’expression très forte de la matière, l’instauration de ce rituel ouvert interrogent la multidimensionnalité des objets qui habitent notre quotidien et qui nous habitent.
Entre sémiologie, expérimentations plastiques et artisanales, Mélanie nous transporte hors du temps, dans un présent extatique, riche et savoureux.
Ses recherches théoriques, ses explorations plastiques, ses dessins au fusain, aux crayons, mais aussi à l’informatique retouchés démontrent à quel point le design entremêle de multiples dimensions et compétences avec lesquelles elle joue pour polir son projet et nous embarquer, non sans émotions, dans son imaginaire complexe propice à la rêverie et au réenchantement du monde.
Cette culture de la matière, du détail, du geste et de l’expérience, elle la décline avec une habileté graphique et spatiale rare dans le cadre de la réhabilitation du dojo, édifice commun de l’hôpital René Sabran.
Émilie Deschamps, diplômée avec mention, propose deux projets qui questionnent la réversibilité des objets et la manière dont ils participent, par leurs assemblages, à notre émancipation.
Par le jeu de construction simple et d’assemblage libre, sans clous ni vis, elle met à disposition, autant dans son projet commun que dans son projet libre, des formes qui invitent les utilisateurs à devenir acteurs de leur destin et du dessein des objets. En brouillant les limites entre objet fini et objet ouvert, à la manière d’Umberto Eco ou Andrea Branzi, elle met en place certaines conditions possibles d’une émancipation et de stimulations créatives.
La qualité et la maîtrise de ses documents de recherche et d’exploration, comme de sa réflexion et la maturité de son positionnement politique, interrogent les limites du métier du designer et des objets qui occupent nos vies et les conditionnent implicitement.
Paloma Del Sol, diplômée avec les félicitations du jury, développe dans ces deux projets, avec une grande subtilité, l’aménagement d’espaces kinesthésiques libres et dynamiques, favorables aux déplacements et à la découverte, qui restaurent l’esprit par les micromobilités.
Par la main qui transforme la matière ou les déplacements qui ouvrent à de nouveaux points de vue, au sens propre comme au sens figuré, Paloma Del Sol initie une esthétique du care, du geste et de l’attention qui préserve la présence de la matière et met en scène sa transformation, inaugurant une nouvelle manière de faire tout en interrogeant nos cultures ancestrales basées sur la main, le geste et l’expérience.
Par cette approche, elle restaure une culture esthétique phénoménologique émancipatrice qui articule mémoire du geste et avenir pour repenser nos manières d’habiter, d’apprendre et de concevoir nos objets et nos espaces avec plus d’attention, de sens et de conscience.
Anaïs Coudrier a proposé de réunir deux communautés historiquement en conflit par la programmation d’un événement festif mêlant culture camarguaise et culture gitane.
C’est au cœur même des Saintes-Maries-de-la-Mer, sur la place centrale du village, qu’Anaïs Coudrier réunit ces deux communautés sous un chapiteau éphémère, avec installation de gradins et de bars extérieurs.
Ce projet à caractère populaire interroge la dimension folklorique et traditionnelle du design.
Si le résultat de cette démarche aurait mérité plus d’approfondissement, la question anthropologique des formes du design, comme support d’un imaginaire collectif et communautaire, s’avère passionnante autant dans sa dimension éphémère que permanente.
Travailler aux confins de ses dimensions immatérielles et physiques, spatiales et spectaculaires, bouscule les limites du design et du travail d’auteur. Un sujet passionnant et profondément ancré dans la culture des formes de nos habitats.
Dans le même esprit, Anaïs Coudrier aura cherché à faire ressentir, sans copier la nature, la sensation komorebi (éclat de lumière traversant les feuillages) pour apaiser les résidents de l’hôpital René Sabran dans le cadre de son projet commun. Ici encore, la part symbolique de la perception est interrogée avec ses limites et ses potentiels d’expériences régénératives.
Flora Borderes interroge la dimension symbolique de l’architecture par l’expérience quasi immatérielle de la dégustation et son caractère éthéré pour dissiper les maux physiques des êtres et corps meurtris des patients de l’hôpital René Sabran, en les plongeant dans une atmosphère hyposensorielle, scénarisée par de multiples séquences stimulant avec douceur les sens olfactifs, kinesthésiques et gustatifs des résidents.
En ménageant ces espaces de paix et de recentrement dans un contexte hypermédicalisé, Flora Borderes interroge la dimension thérapeutique de l’architecture dans une acception plus large que celles communément établies et apporte à la démarche du design une dimension plus large qui dépasse les contingences du fonctionnel ou de l’esthétique à proprement parler.
Pour son sujet libre, c’est aussi une dimension immatérielle du design qu’elle interroge en cherchant à instaurer un dialogue entre influences culturelles italienne et française, massivité des ruines des arènes de Nice et légèreté de ses voilages et gradins, permanence et fugacité du temps aux confins des tumultes de la ville trépidante niçoise.
Alicia Ciraolo a développé, à travers son sujet commun, une réponse doublement métaphorique et conceptuelle à vocation thérapeutique:
Par la création d’un atelier de céramique, à la fois cafétéria et lieu de rassemblement au sein d’une aile désaffectée du bâtiment H de l’hôpital René Sabran, et l’assemblage de bris de carreaux de céramique, elle a cherché à la fois à recoudre la nature du parc de l’hôpital René Sabran, lacérée par les routes et chemins, tout en mettant en scène cette matérialité brisée comme support possible d’une créativité et d’une renaissance possibles, au même titre que les corps des patients eux-mêmes brisés.
Par cette démarche, Alicia répare les ENS (espaces naturels sensibles) du parc, rénove une aile désaffectée d’un bâtiment sans réelle fonction et inaugure, par l’atelier de céramique, une possible restauration des corps et des êtres meurtris de l’hôpital.
Cette architecture « totale », empreinte d’un imaginaire hispanique et artistique, active également des liens avec la fondation artistique voisine sous forme de résidence et inaugure un avenir possible pour les patients, souvent en proie au désespoir, enfermés dans leur chambre sans pouvoir réellement se déplacer convenablement.
Débordant à l’extérieur, l’atelier entrelace et restaure la nature et, réciproquement, la nature entrant dans l’atelier sous une forme analogique, par le jeu des couleurs et des motifs, stimule les imaginaires et répare les êtres et participe indirectement à la restauration des corps.
Si le projet n’a pas su trouver sa résolution finale, il ouvre des perspectives créatives et conceptuelles très fortes qui méritent d’être soulignées.
L’approche développée pour le sujet libre et la création d’un abri « universel » économique attaché à la structure du vélo démontrent, autant par les recherches anthropo-morphotypologiques inédites que par l’expérimentation maquette, un goût pour la recherche et la mise en place de diagnostics fins, supports nécessaires à une créativité encore à renforcer.
Anna Psiuk, à travers le concept de cicatrice dans son sujet commun, a imaginé la mise en place d’une promenade gourmande et olfactive qui se renouvelle en fonction des saisons et participe à la restauration des patients de l’hôpital par l’immersion dans la nature.
Ce chemin radical dessine une promenade de la mer au pavillon H, qui accueille au sein de son aile Est un atelier de pâtisserie gourmande et un café pour retrouver le goût de vivre et d’être ensemble.
La promenade devient l’occasion d’une cueillette qui sera la base de confection des pâtisseries.
Continuant dans le pavillon, le paysage se déploie à l’intérieur et devient le support d’un aménagement singulier. Cette analogie à la nature et à la cicatrisation devient un support créatif et architectural entremêlant culture du paysage, culture design et mobiliers. Les limites de la discipline sont ici interrogées et élargies à la question du soin et de l’expérience, bousculant les périmètres habituels de la discipline.
Cette architecture scénographique se retrouve également dans le sujet libre d’Anna Psiuk, qui propose une nouvelle manière de consommer en ritualisant l’acte d’acquisition.
Cette approche conceptuelle interroge les limites de cette démarche conçue dans un espace naturel sensible.
En conclusion
La situation territoriale, géographique, politique, culturelle et économique de Camondo Toulon, ouverte sur la Méditerranée et ses différents horizons, associée aux problématiques biorégionales et aux multicrises locales et planétaires, forme un socle créatif fort pour installer une pédagogie située et accompagner une expérience de pensée créative, engagée, critique et responsable.
La culture académique protéiforme des arts décoratifs, associée aux singularités des étudiants et étudiantes, leur originalité et leur pluralité comme leur savoir-faire, a permis de voir émerger cette année une approche créative responsable, hétérogène, transcalaire, transdisciplinaire, attentive aux trépidations du monde et à son avenir incertain à «réinventer».
La production critique des étudiants et étudiantes témoigne dans une certaine mesure d’un changement de paradigme à opérer, en même temps qu’elle inaugure une forme de résistance douce potentielle pour y parvenir.
Espérons que cela suffira.
Retrouvez l’ensemble des mémoires et projets de diplôme sujets libres et commun des diplômé.e.s de l’école Camondo, promotion Andrée Putman, sur la plateforme Diploma
Yvann Pluskwa est architecte DPLG, enseignant à l’école Camondo Méditerranée